L’Aikido avec Begnigne…
Le 4 novembre dernier, j’ai eu le grand, l’immense plaisir de donner, pour la première fois, un cours d’Aikidô au Suki Dojo ! Tout en me limitant à des choses “simples”, j’ai voulu en profiter pour montrer un tout petit bout de ce que j’ai reçu des 2 maîtres que j’ai suivi (et que je suis encore quand je le peux), l’un à Paris, et l’autre à Tôkyô. Il s’agit de Gérard Blaize Sensei, 7ème dan Aikikai, élève de Hikitsuchi Michio Sensei, 10ème dan reçu directement de Ô-Sensei, et de Tada Hiroshi Sensei, 9ème dan Aikikai. En Aikidô, il y a toujours ce phénomène de filiation, comme un label qui certifie notre origine…

Je voudrais particulièrement revenir sur la préparation au cours. Après un échauffement “normal”, j’ai en effet enchaîné avec quelques mouvements plus difficiles à saisir. Il s’agit du chinkon kishin no hô 鎮魂帰神の法, qui signifie la “méthode pour calmer l’esprit et revenir au divin”. Aussi bien Gérard Blaize que Tada Sensei l’enseignent, bien que différemment.
Pourquoi ce grand terme de “chinkon kishin no hô” ? Ô-Sensei disait “en Aikidô, il faut absolument se tenir debout sur le pont flottant du ciel” (Cf. Takemusu Aiki, conférence n°1). Le pont flottant du ciel (天の浮橋) est une notion de la religion traditionnelle japonaise Shintô, qui, pour faire simple, symbolise le lien entre le plan des dieux et le plan des hommes.
Sans rentrer dans les détails, très difficiles à expliquer, et encore plus par écrit, il est certain que pour Ô-Sensei comme pour ceux qui l’ont suivi, l’Aikidô n’est pas qu’un ensemble de technique, mais aussi une posture, un état intérieur qui est encore plus importante que la technique elle-même. Les gestes du chinkon kishin no hô servent à atteindre cet état intérieur, à “se tenir debout sur le pont flottant du ciel”, comme disait Ô-Sensei avec ses références spirituelles qui étaient les siennes.

Pour en revenir à la préparation de notre cours du 4 novembre, j’ai simplifié légèrement le déroulement des gestes, pour éviter de “trop en faire”.
Le mouvement de “torifune” (dit parfois “exercice du rameur”) consiste à mettre son pied gauche en avant, lancer ses mains devant en les ouvrant et en criant “he”, puis les ramener en serrant les poings au niveau des hanches en criant “ho”, et de recommencer en rythme. Cela créé un mouvement de balancier au niveau des hanches.
Pour les petits “trucs” afin de faire cet exercice correctement, Gérard Blaize recommande de placer son regard au sol, à environ 3 mètres devant soi, de bien serrer le petit doigt dans la paume de la main lorsqu’on ramène les poings au niveau des hanches, et surtout de ne pas dépasser les hanches (que les poings n’aillent pas derrière soi). Tada Sensei, lui, explique surtout qu’il faut contracter l’anus au moment où on ramène les poings au niveau des hanches… Pas très élégant à expliquer, mais très efficace…
Une fois qu’on a fini cette série, on ramène les pieds sur la même ligne, on joint les mains au niveau du hara (3 doigts sous le nombril), la main gauche au dessus. On ferme les yeux, on concentre le regard entre les 2 yeux, on relâche bien les épaules, et on laisse les mains bouger naturellement. Cela s’appelle “furitama”. Pour les puristes, afin de respirer en rythme et de se concentrer, on répète en boucle le nom de la déesse du soleil dans la religion Shintô, “Amaterasu-ô-kami” (ou “Amaterashimasu-sume-ô-kami”).
Puis on recommence le torifune, en mettant le pied droit devant. Hikitsuchi Sensei enseignait qu’il faut faire les mêmes sons “he” “ha”, alors que Tada Sensei enseigne que les sons sont pour cette deuxième fois “he” “sa”. Au choix… Lors du deuxième furitama, on répète le nom du dieu de la purification “Ô-harae-dono-ô-kami”.
Puis une troisième et dernière fois, avec à nouveau le pied gauche devant, et les sons “he” et “ho”, Hikitsuchi Sensei et Tada Sensei sont cette fois d’accord ! (mais certaines écoles varient une troisième fois en faisant “he” “he” !). Pour le 3ème furitama, c’est le nom du dieu du centre de l’univers “Ame-no-minaka-nushi-no-ô-kami” qui est répété.
On finit ce furitama par un kiai, en joignant les doigts au niveau du visage, et, tout en ressentant bien l’énergie dont on est rempli après tous ces mouvements, en les ramenant au niveau du hara, tout en poussant un cri qui vient du ventre.
Ces exercices, étranges au premier abord, sont une grande richesse pour l’Aikidô. A force de les pratiquer, on commence à ressentir une réelle concentration, et à expérimenter des phénomènes de chaleur au niveau de la poitrine, dans les mains, des sensations d’ouverture au niveau des hanches, de force dans le hara, etc.
Chacun à sa propre expérience par rapport à ces exercices, et je voulais vous partager la mienne.
A bientôt
Bénigne
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Merci Begnigne pour ce merveilleux article, franchement éducatif et très limpide, ton cours avait l’air fort intéressant et je suis bien navré de n’avoir pu y assister. Au plaisir de notre prochaine pratique ensemble.
Jean-Luc